• Fanfictions (originales)

    Vous trouverez ici mes futures fanfictions en préparation. En l'occurrence, vous trouverez également ces histoires disponibles sur Wattpad quand tous les chapitres seront disponibles. Vous aurez accès en avant-première sur ce blog à ces quelques histoires, publié en différé, avant leur première sortie officielle.

    Au programme, une fanfiction sur Monster Hunter, une autre sur le jeu Story of Seasons Trio of Towns, et probablement d'autres à l'avenir. Ces fanfictions seront également en accès libre sur mon autre blog, afin de vous laisser le choix du fond pour la lecture.

     

    Story of Seasons - Trio of Town : Oser faire le geste.

    - Prologue : Trouver le courage ;

    - Chapitre I : - - - - - ;

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    Story of Season – Trio of Towns : Oser faire le geste.

     

    Prologue : Trouver le courage

     

     

    Event : Déménagement ; Temps clair / pluvieux ; Jour : Fin Février.

     

    Sous le ciel fade et d'une journée d'hiver humide, une jeune femme âgée de dix-neuf ans était assise sur une souche d'arbre dans la forêt. Son carnet à dessin sur les genoux et un crayon de papier dans la main gauche, Jade contemplait le silence qui l'environnait.

     

    Elle était venue ici pour souffler après une journée qu'elle estimait bien trop tendue pour être normale. La jeune femme se doutait de quelque chose, car ses parents semblaient être sur les nerfs depuis ce matin.

     

    Prévoyante, Jade préférait fuir les tensions, attendant par cette excursion solitaire que les esprits se calment chez elle.

     

    Perdue dans ses pensées, elle restait figée à regarder l'horizon boisé.

     

     

    A-t-on besoin des autres pour exister… ? … Est-ce que ma vie me plaît ? … Et puis, qui suis-je vraiment… ? Qu'est-ce que je vais devenir ? Qu'est-ce que je fais de ma vie… ? soupira-t-elle longuement, déprimée et complètement perdue. Encore et toujours ces mêmes questions qui tournent dans ma tête. Il faut que je me ressaisisse. Ce n'est pas avec de la rhétorique que je vais comprendre ce que je veux vraiment faire… ! se sermonna-t-elle mollement.

     

     

    Elle posa les yeux sur son carnet ouvert. Sur la double page, des esquisses rapides de plantes et d'animaux y étaient représentées. Observant sans aucune fierté les lignes grises de ses dessins, pourtant fidèles à la réalité, elle fronça les sourcils.

     

     

    J'ai beau adorer dessiner, il faut que je me rende à l'évidence… Ce n'est pas avec ces trucs minables que j'arriverai à quoi que ce soit dans un monde aussi impitoyable… Je ne peux pas être une artiste… pensa la jeune femme, désœuvrée. Non, je ne peux pas vivre de mon « talent », si t'en est que j'ai eu un un jour, sans avoir de filet où me réceptionner. Il me faut autre chose…

     

     

    Jade : Peut-être l'écriture dans ce cas… ? murmura-t-elle sous son souffle, fermant son carnet avec rudesse. Non, c'est pareil. Ça ne mène à rien si je ne peux pas en vivre… Alors quoi ? Qu'est-ce que je suis censée faire, maintenant… ?

     

     

    Jade détailla les alentours avec bien peu d'entrain. Elle aimait cette forêt, elle s'était faite à cette vie ennuyeuse qui était la sienne, mais elle ne supportait que difficilement la vie avec ses parents. Elle songeait à partir, prendre son envol bientôt, mais pour cela, elle devait avoir un véritable projet de vie.

     

    La jeune femme réfléchissait depuis des mois à ce qu'elle pouvait faire avec ses passions, mais rien ne lui convenait. Elle était douée dans des domaines où la chance avait un grand rôle pour la réussite, et étant quelqu'un de sensible, elle savait que son moral ne tiendrait pas le coup face à la concurrence.

     

    Être artiste était un rêve qu'elle avait nourri à une époque révolue, s'étant résignée à n'en faire plus qu'un passe-temps. C'était la même chose pour l'écriture.

     

    Par le passé, ses professeurs lui soufflaient qu'elle avait un talent pour inventer des histoires, mais elle niait leurs remarques, ne pouvant décemment pas les croire.

     

     

    Après tout, elle passait ses journées couvertes de reproches, notamment par son père, Daryl, et sa petite sœur, Lynn, qui prenait systématiquement le parti de ses parents. Enfin, sa mère, Marlena, était plus douce que les deux autres, mais Jade la trouvait hypocrite sur certains points.

     

    En effet, elle avait pris pour habitude de se soumettre à l'avis de son mari sans aucune once de réflexion dès que le ton montait ; et comme Jade se rebellait souvent face aux espérances décadentes et fermées de son père, elle se retrouvait facilement seule contre tous.

     

    Cette situation, la jeune femme la vivait tous les jours, et ressentait de plus en plus le besoin de s'éloigner d'eux autant que possible.

     

     

    Je ne veux pas rentrer… Pas tout de suite… Je sais qu'ils vont m'annoncer quelque chose, encore une décision qui ne va pas me plaire… Et plus je tarderai à rentrer, plus je vais les mettre en rogne, mais… Je n'en ai pas l'envie… Pas ce soir, non, pas ce soir, s'avoua-t-elle, refroidie par ses impressions de la matinée.

     

     

    Jade : Non, il le faut. Je dois faire face ! se reprit-elle, perdue dans le même débat intérieur qu'elle tenait depuis des semaines déjà. Ce soir, je rentre ! Il est seulement 18h, le temps que j'arrive, je serai là à temps pour dîner, et ils ne pourront rien me reprocher. Oui, faisons ça…

     

     

    À ces mots, la jeune femme se leva lentement. Elle rangea son fidèle carnet dans le sac en bandoulière noir qu'elle portait par dessus un gilet assorti, à la seule exception des liserais blancs qui longeait la capuche et la fermeture éclair de la veste ample. Un collier d'aigle pendait à son cou par une corde qu'elle avait nouée elle-même il y avait des années de cela.

     

    Puis, elle plaça son crayon dans la petite poche où elle laissait les quelques fournitures dont elle se servait ; à savoir des stylos bics noirs et bleus, des crayons dont la mine était usée et une gomme entamée jusqu'à la moitié. Jade referma sa sacoche, la mine sombre.

     

    Son regard se posa sur le bracelet à son bras droit, visible parce qu'elle avait retroussé les manches de sa veste ouverte, et qui laissait voir un t-shirt gris avec une image de forêt et pour inscription : « Travel the World… and find your magical place ».

     

    Ce bracelet avait un sens particulier pour la jeune femme, dont elle contemplait les cinq perles qui le composait. Deux carrés bleus formaient l'extrémité, deux carrés rouges suivaient, et une perle ovale d'un violet sombre, presque noir, se trouvait au centre du bijou fabriqué à la main.

     

     

    Jade : Alexia… sourit la jeune femme en se plongeant dans des souvenirs heureux, … il faudrait que je te recontacte prochainement… J'ai besoin de te revoir bientôt, ça remonte déjà à plus d'un an la dernière fois qu'on s'est parlée sérieusement…

     

     

    Elle leva la tête vers la cime des arbres, un sentiment de vide au ventre. Jade voulait prendre des nouvelles de sa meilleure amie, passer du temps avec elle et se changer les idées. Après tout, c'était leur habitude que de ne se voir que très rarement, et donc de profiter de ces quelques occasions pour passer une journée toutes les deux, loin de tout.

     

    C'était dans cette forêt qu'elles s'étaient promenées la fois précédente ; un balade nostalgique à deux, qui leur rappelait les excursions dans les bois avec leur école primaire.

     

    Cela faisait longtemps que Jade n'avait plus remis les pieds ici, et pourtant, elle s'y sentait si bien. Cependant, elle devait faire face à la réalité, et se mettre en route pour affronter ses parents une fois de plus.

     

    Cette situation lui pesait tellement qu'elle hésitait à rester pour un temps dans cette forêt. Après tout, il y avait possibilité de survivre parmi ces bois quelques jours malgré les ressources rares de nourriture par temps d'hiver, mais Jade n'en avait que faire.

     

     

    S'il fallait vraiment qu'elle se réfugie quelque part, elle avait plusieurs options. La première, sa chambre, mais rien de bien efficace pour se tenir loin de son père colérique. La seconde, ici même, si près de la ville et pourtant si loin de tout en apparence. Et enfin, aller vivre quelques jours chez sa meilleure amie d'enfance.

     

    Cette dernière option n'était pas si envisageable que ça pour Jade dans le cas d'une fugue, puisque la mère d'Alexia connaissait bien la sienne, et même si elles ne s'étaient pas revues depuis des lustres, les maisons des deux amies ne se trouvaient qu'à 15 minutes de marche l'une de l'autre.

     

    Cette forêt, à un peu plus d'un kilomètre de distance, et s'étendant sur au moins 3 km dans un sens, et 1,5 km dans l'autre, était bien plus sûr de ce point de vue là. Dire que je l'ai fait une fois, déjà… Ils m'en savent parfaitement capable, songea-t-elle un instant.

     

     

    Jade : … Si jamais la situation empire encore, je repasserai par ici… J'irais dormir dans cet arbre, loin de ma famille pour quelques jours… Mais bon, je suis presque sûre qu'il va encore vouloir me ramener de force à la maison, quitte à appeler les flics pour me retrouver, comme la dernière fois, lâcha-t-elle froidement en parlant de son père.

     

     

    Elle soupira à nouveau, désespérée face à l'acharnement de Daryl à vouloir lui imposer des choix auxquels elle n'a nullement consenti, mais peu lui importait pour le moment. Je ferais mieux de me mettre en route, se dit-elle pour se décider à marcher vers chez elle.

     

    Jade passa deux minutes en dehors des sentiers le temps de rejoindre la rivière qui les longeaient. Au fil du chemin, elle observait les environs sans y prêter de sentiment heureux.

     

    Cette forêt est endormie… comme ma motivation finalement, songea-t-elle avec cynisme. Vivement que les beaux jours reviennent, je commence à me lasser de me morfondre comme ça… Enfin, si seulement je pouvais y faire quoi que ce soit…

     

     

    La jeune femme, sentant quelques gouttes tomber, mit sa capuche en plaçant ses longs cheveux châtains du côté gauche de sa nuque, et poursuivit sa route sans modifier son allure. Puis ferma sa veste avant de remettre ses manches sur tout la longueur de ses bras qu'elle plongea dans ses poches.

     

    Ses Converses noires aux liserais blancs foulaient la terre sablonneuse du chemin qu'elle suivait. À un certain arbre couvert de gigantesques champignons plats, elle s'écarta du chemin principal pour en rejoindre un plus escarpé.

     

    Ses jambes frottaient contre les feuilles de plantes telles que des ronces ou des orties sans broncher, grâce à son pantalon noir qui les couvraient jusqu'au bout des chevilles.

     

    Après de courtes minutes de marche sous la fine pluie qui s'abattait, Jade arriva à un pittoresque petit pont de bois, qu'elle emprunta pour passer un fossé jonché de végétation épineuse.

     

    Puis, en arrivant de l'autre côté, elle poursuivit sa route afin d'arriver dans une grande clairière qui menait à des petites maisons aux grands jardins.

     

     

    Enfin sortie des bois, la jeune femme n'avait plus qu'à rejoindre et longer la route nationale qui passait non loin de là, traverser deux carrefours régis par des feux et continuer jusqu'à faire face à son ancien collège.

     

    Cette partie du trajet lui prit environ vingt minutes, et il ne lui en restait plus que trois avant d'arriver devant le portail de son jardin.

     

    Cette rue qu'elle suivait, elle l'avait vu pendant si longtemps déjà. Voyageant tous les jours pour en rejoindre les deux bouts pendant ses toutes dernières années d'études, du lycée jusqu'à son Bac et jusque dans ses études supérieures.

     

    Jade avait suivi une L avec option arts plastiques en tant que spécialité et choix facultatif, ce qui lui offrait 7h dans la semaine de pratique artistique au sein de son lycée, mais cette décision avait toujours fortement déplu à son père.

     

     

    Après l'obtention du Bac avec mention, elle s'était tout d'abord tournée vers des études d'arts, qui étaient malheureusement très coûteuses, et ses parents n'acceptèrent que de payer la première année.

     

    Elle avait donc fait une prépa intégrée sur Paris, mais n'ayant pas eu le soutien de sa famille pour poursuivre, elle avait été contrainte d'abandonner cette voie et d'aller dans une fac d'art qui ne lui plaisait pas.

     

    Elle n'y pratiquait pas, n'assistant qu'à des cours sur des œuvres et des artistes dont elle se fichait bien pour la plupart : et la charge de travail en dehors avait beau être minime, Jade n'avait jamais le courage d'en arriver à bout.

     

    Depuis longtemps déjà, elle avait perdu l'envie de travailler pour elle-même et se contentait très bien d'être moyenne dans de nombreux domaines. La jeune femme refusa de retourner en cours après deux longs mois de souffrance, considérant cela comme une perte de temps puisqu'elle ne se satisfaisait pas de cette nouvelle formule.

     

     

    Depuis bientôt quatre mois, elle passait une partie de ses journées sur des puzzles, étant une grande amatrice de jeux de réflexion et de stratégie.

     

    Il lui arrivait de jouer du piano à ses heures perdues, sur le coup d'une inspiration qui repartait souvent aussi vite qu'elle était venue.

     

    Elle s'était également mise plus amplement à lire, notamment de la littérature anglaise, mais rien ne l'animait d'une passion quelconque.

     

    D'autres fois, elle reprenait ses vieilles consoles pour revivre l'expérience de ces jeux qu'elle adorait auparavant, mais qui l'avait lassée.

     

    Et le reste du temps, elle replongeait dans ses écrits ou ses croquis, méditant de longues heures sur ce qu'elle aurait dû changer dans sa vie pour être heureuse et s'épanouir. Mais rien n'y faisait, elle ne trouvait de réponse ni pour ce qu'elle aurait dû, ni ce qu'elle devait faire à présent.

     

     

    Elle arriva enfin chez elle vers 19h15. Jade ouvrit la porte d'entrée, se déchaussa en faisant glisser ses Converses tour à tour en appuyant du bout de ses doigts de pieds sur ses talons.

     

    Elle retira ensuite sa sacoche, qu'elle accrocha à la rambarde en bois de l'escalier, avant de la recouvrir de sa veste mouillée.

     

    La jeune femme entendait des voix s'élever dans le salon, qui parlaient une fois de plus de son cas.

     

     

    Daryl : C'est insupportable de devoir l'attendre à chaque fois ! Elle fait rien de ses journées, et trouve quand même le moyen de nous pourrir notre soirée ! Surtout à l'annonce d'une aussi bonne nouvelle, je n'y crois plus !!! râla son père, apparemment contrarié par l'absence de sa fille aînée.

     

     

    Marlena : Chéri, tu sais bien qu'elle n'aime pas l'ambiance de la maison… Par exemple, si elle rentrait à cet instant, je suis sûre qu'elle repartirait immédiatement… Comme cette fois-là, tu te souviens… ? plaida-t-elle pour tenter de l'apaiser.

     

     

    Daryl : Si elle est si bête que ça, et bien qu'elle parte ! Elle ne saura pas qu'on déménage, et ce sera considéré comme un abandon par sa petite sœur !! Mais qu'est-ce que c'est que cette remarque, enfin ! la sermonna-t-il.

     

     

    S'approchant du salon avec prudence, Jade sentait l'angoisse monter. Allez… un peu de courage… Tout ce qu'il peut te faire de pire, c'est te mettre dehors. Tu peux le faire, s'encouragea la jeune femme, toute penaude.

     

     

    Jade : … Bonsoir…

     

     

    Daryl : C'est que maintenant que tu rentres, toi !! s'énerva-t-il encore davantage en la voyant le saluer faiblement.

     

     

    Jade : … J'aurais pu rester dehors, si ça avait pu te faire plaisir. Mais apparemment, aucune des deux versions n'a l'air de te convenir, si j'ai bien suivi ce que tu viens de dire, affirma-t-elle à mi-voix, l'air maussade.

     

     

    Marlena : Bah alors, ma chérie ! Tu es toute trempée ! s'inquiéta sa mère en voyant le bout des longues mèches blondes de Jade qui avaient virés au brun avec l'eau.

     

     

    Daryl : C'est pitoyable ! Tu n'as donc aucun respect pour tes parents ?! Écouter ainsi aux portes !!

     

     

    Jade : … Ce n'est pas de ma faute si tu beugles comme un mufle, papa. On t'entend depuis le jardin, tu sais ? avoua la jeune femme avec froideur, sentant la colère monter progressivement.

     

     

    Daryl : Et à cause de qui à ton avis ?!

     

     

    La jeune femme lui lança un regard austère. C'est vraiment à moi qu'il demande ça… ? Pfff… je sais très bien que c'est moi le centre de leur débat à chaque fois, c'est pas la peine de me le reprocher, répondit la jeune femme par la pensée, conservant celle-ci à l'abri des oreilles de son père.

     

     

    Jade : … Et donc, vous parliez d'un déménagement ? poursuivit-elle, toujours focalisée sur le regard furieux de son père.

     

     

    Son paternel la toisa, son cœur probablement empli de dégoût pour ne pas avoir vu sa réaction en face. La vérité était qu'elle s'en fichait bien, tant qu'on lui laissait le choix de venir ou non.

     

    Cette liberté, c'était tout ce qu'elle voulait, et Jade savait pertinemment que les suivre ne ferait qu'empirer son calvaire. Sa décision était déjà prise.

     

    Daryl soupira longuement, lâchant un grondement mécontent au passage.

     

     

    Daryl : … Oui, on déménage. … Je sais ce que tu vas me dire : « Laisse-moi au moins le droit de choisir ! » ; alors voilà ce que je te propose : si tu refuses de venir, tu peux rester ici à crever de faim si ça te chante, mais je ne veux pas de tire-au-flanc comme toi sous mon toit !

     

     

    Jade : … Donc, si je comprends bien, tu « veux » que je vienne avec vous pour bosser ? Et que si je reste, c'est par fainéantise, c'est ça ? évalua-t-elle, tentant de déceler d'éventuelles incohérences dans le discours de son père.

     

     

    Daryl : Ce n'est pas ce que j'ai dit ! s’exclama-t-il en serrant les poings.

     

     

    Jade : … C'est pourtant bien ce que ça veut dire. Tu penses que je ne fais rien de mes journées ? C'est vrai que ce n'est rien de lucratif, mais je sais que si j'en avais eu les moyens – que tu ne m'as d'ailleurs jamais donné – j'aurais peut-être réussi à faire de l'une de mes passions mon métier, répliqua-t-elle, lui avouant enfin ce qu'elle lui reprochait depuis des années.

     

     

    Daryl : Je t'ai soutenue ! Tu ne nous l'as jamais rendu à sa juste valeur ! Tu ne te rends pas compte de ce que c'est que d'avoir une bouche à nourrir qui pèse comme un fardeau sur mes factures ! Tu es sous mon toit, et donc sous ma responsabilité ! Si tu n'en veux plus, alors pars à la campagne élever des vaches et des carottes comme ton oncle !

     

     

    Jade : Me soutenir une fois dans toute ta vie, c'est pas quelque chose que je peux te rendre « à sa juste valeur » puisque tu es mon père ; tu n'as jamais été un bon père pour moi, alors tu n'as aucun droit sur moi ! Même le respect que tu penses t'être dû n'a aucune valeur venant de moi ! Ce n'est qu'un masque, rien d'autre qu'une illusion que tu ne cesses de briser en haussant le ton ! Si tu tiens vraiment à faire de moi « ta petite fille adorée et parfaite » comme Lynn, il aurait suffit que tu te la fermes un peu et que tu me supportes un peu plus dans mes projets ! répondit-elle violemment, excédée par l'art de son père à se dévier des reproches qu'elle lui adressait pour l'attaquer sur d'autre point.

     

     

    Marlena : Allons, pensez un peu à Lynn qui travaille dans sa chamb- !

     

     

    Daryl et Jade : Peu importe !! lui hurlèrent-ils les deux teignes en furie, tandis que Lynn descendait dans le salon pour participer au débat.

     

     

    Lynn : … Je vois que vous êtes tous motivés, ce soir ! s'exclama-t-elle, heureuse.

     

     

    Jade : … Désolée, petite sœur, je ne voulais pas m'engueuler avec papa… Apparemment, c'était encore une idée stupide de ma part d'espérer que ça puisse être possible un jour, souffla-t-elle, observant toujours son paternel en chien de faïence.

     

     

    Lynn : Alors, t'es au courant ? sourit-elle, ravie. On va enfin partir d'ici ! Je suis si contente !

     

     

    Les parents restaient silencieux, attendant que ce soit Lynn qui raisonne Jade. Mais ils la savaient bornée, et se doutaient que cette tentative était vaine.

     

     

    Jade : … Je suis au courant oui. Mais je ne viens pas avec vous, affirma-t-elle en se tournant vers l'enfant de 9 ans aux cheveux roux nattés.

     

     

    Lynn : Quoooiii ??? répondit-elle, prenant un air triste. Non ! Tu ne peux pas partir, grande sœur ! Tu n'as pas le droit !

     

     

    Jade : C'est justement parce qu'on cherche à m'imposer une vie qui n'est pas la mienne que je pars, Lynn. Je défie jusqu'à ton autorité, pour mon propre bien-être. Est-ce que tu peux le comprendre ? répondit-elle, adoucissant le ton de sa voix.

     

     

    Lynn : … Mais… Qu'est-ce que tu vas faire, alors… ? l'interrogea-t-elle, presque les larmes aux yeux.

     

     

    Jade : … Je pense que je vais écouter papa pour une fois, affirma-t-elle en se retournant vers lui avec défiance. Je vais rejoindre mon oncle, et devenir fermière puisque c'est ce qui a été imposé en cas de refus. Mais je n'aurais qu'une seule et dernière condition.

     

     

    Elle était sincèrement sérieuse et sa voix à la fois lente, calme et froide ne pouvait qu'appuyer la stupéfaction de Daryl.

     

     

    Daryl : Tu n'es pas sérieuse ! lâcha-t-il, complètement choqué. Mais enfin, j'ai dit ça sous le coup de la colère ! Tu n'es pas faîtes pour être fermière !!! gronda-t-il, avec bien plus de véhémence encore.

     

     

    Jade : Ma condition est la suiv-

     

     

    Marlena : Non, je m'y oppose aussi ! Ce métier est bien trop rude pour la jeune fille délicate que tu es ! Ma chérie, restes, je t'en prie… ! supplia-t-elle, interrompant sa fille dans son élan, ce qui la mit hors d'elle.

     

     

    Jade : Ahah ! … Ahahahaha !! Moi, délicate ? DÉLICATE ??? Vous vous fichez de moi !! Est-ce que je pourrais avoir au moins UNE SEULE FOIS la possibilité de m'exprimer sans qu'on en me coupe la parole avec de telles inepties !?! … Je disais donc, ma seule et unique condition, papa, c'est que tu me laisses libre de vivre comme bon me semble là-bas ; fait comme si je n'existais plus, parce que tout ce que JE VEUX, c'est UNIQUEMENT que tu me foutes. LA. PAIX. À présent, vous m'excuserez, mais j'ai des valises à faire, finit-elle en ajustant ses lunettes noires, avant d'avancer furieusement vers les escaliers.

     

     

    Daryl : Misère, mais c'est donc pas bientôt fini ?!? s'égosilla-t-il férocement tandis qu'il se mit en tête de la rattraper.

     

     

    La rage envahissait Jade alors qu'elle entendait les pas assourdissants de son père gravir les marches, tel le tic-tac funeste d'une horloge qui irait plus vite que la normale.

     

    Elle se hâta dans sa chambre, la haine se nimbant brusquement d'angoisse alors qu'elle barricada comme elle le put sa petite chambre.

     

    La jeune femme se saisit de sa valise, l'ouvrit en quatrième vitesse, et s'empara des premiers vêtements qu'elle trouvait dans sa penderie ; ne prenant pas le risque potentiellement mortel de chercher à les trier.

     

    Son père était déjà à sa porte, appuyant sur la poignée avec force mais sans réussir à entrer. Elle avait réussi à gagner du temps.

     

    Aussi vite qu'elle le put, elle referma la valise tandis que Daryl frappait de son épaule pour enfoncer la porte de sa chambre en hurlant à quel point elle était stupide, inconsciente, et irresponsable.

     

     

    Alors qu'elle jeta un coup d’œil par la fenêtre pour s'apercevoir de la hauteur à laquelle elle se trouvait par rapport au sol, elle réalisa qu'elle était coincée.

     

    Elle pensa alors immédiatement à se faufiler sous son lit sur-élevé où elle pouvait encore se glisser, mais il était déjà trop tard.

     

    En un grand fracas, Daryl enfonça la porte, et sa fureur n'en était que plus grande de voir sa fille le craindre.

     

    Jade tenta de fuir dans sa planque et se mettre à l'abri du courroux de son père, mais il l'attrapa par le bras, la fit valser si violemment qu'elle en tomba en sol, puis vint lui asséner le coup de grâce.

     

    En une puissant claque sur la joue, Daryl fit exploser sa colère. Cependant, il regretta à l'instant même où sa main toucha la joue de sa fille, ne mesurant pas sa force.

     

     

    Jade gisait au sol, n'osant pas gémir, encore trop sonnée par la puissance de cette agression. Tremblante de tout son corps, les larmes coulèrent de douleur et de haine.

     

    Elle avait du mal à respirer, sujette à la panique, alors que son père resta figé devant ce misérable spectacle qu'il avait engendré.

     

    Entre deux sanglots, la jeune femme réussit à souffler ces mots : « Seuls les tyrans ont besoin de recourir à la force pour se faire respecter. » ; avant de perdre connaissance.

     

    Sous le choc, son père s'agenouilla à ses côtés, prenant conscience de l'absurdité de son acharnement. Il n'osa pas l'avouer, mais il avait été injuste avec elle, et depuis tout ce temps, il reportait la faute sur elle alors que c'était lui qui était en tort.

     

    Quand il le comprit enfin, il murmura, les larmes aux yeux : « Qu'est-ce que j'ai fait… ? »

     

     

    Derrière lui, Lynn et Marlena vinrent voir ce qu'il se passait, n'entendant plus le moindre éclat de voix depuis bien deux minutes.

     

     

    Marlena : … Tout va bien chéri… ? M-M-Mais !!! Que … ! souffla-t-elle, estomaquée de comprendre ce qu'il venait de se passer. Non, tu ne l'as pas… ! Si… ? murmura-t-elle les larmes aux yeux, la croyant morte.

     

     

    Lynn : … Qu'est-ce qui lui prend, à Jade… ? demanda la fillette innocemment, ne comprenant pas le fond du problème. Elle fait dodo déjà ? Pourtant c'est pas l'heure !

     

     

    En l'entendant, Marlena pleura de plus belle. Son mari se retourna vers sa famille et leur annoncer, la mort dans l'âme, ses profonds regrets.

     

     

    Daryl : Rassurez-vous, elle est vivante… Mais… C'est de ma faute, tout est de ma faute ! Je n'aurais jamais dû lui imposer tout ça… ! Je… suis désolé d'avoir eu besoin de … faire « ça » pour le comprendre…

     

    ***

     

    Quand Jade revint à elle, un étrange sentiment de colère froide l'animait encore, mais elle ne comprenait pas pourquoi ; elle n'avait plus en tête les événements de la soirée précédente.

     

    Elle ouvrit les yeux et eut l'impression qu'il s'agissait d'un matin comme les autres au premier abord, mais quand elle posa les yeux sur le carnage de sa chambre, elle eut comme un choc.

     

    Réalisant que ce n'était pas un simple cauchemar, elle se figea. Son corps se mit à trembler de plus en plus fort, l'angoisse se lisant dans les yeux de la jeune femme qui commençait une crise de panique.

     

    Examinant son état émotionnel et physique avec effroi, ses larmes brouillèrent sa vision. Elle avait mal, aussi bien au corps qu'à l'âme, elle souffrait terriblement.

     

    Sa respiration saccadée se fit plus difficile et plus forte, angoissant encore davantage à l'idée que qui que ce soit la voie dans son état.

     

     

    Le simple fait d'entendre que l'on frappait à la porte à cet instant faisait qu'elle préférait mourir si elle le pouvait plutôt que d'affronter cet inconnu.

     

    La petite voix qui filtrait à travers la porte avec bienveillance et inquiétude était une voix qu'elle n'avait plus entendue depuis des lustres.

     

    Comprenant alors que quelqu'un avait demandé à ce que sa meilleure amie vienne la consoler, une perplexité s'empara d'elle. Mais elle chassa cette idée, l'invitant à entrer dans la pièce.

     

     

    Jade : … E-Entre…

     

     

    Alexia : … Bonjour Jade… souffla-t-elle alors qu'elle prenait tout à coup conscience dans l'état dans lequel la jeune femme se trouvait.

     

     

    Sans hésiter, elle vint la voir et lui offrit un câlin tendre et chaleureux.

     

     

    Alexia : Ma pauvre… C'est ta sœur qui m'a dit, elle tenait absolument que je vienne te voir, expliqua-t-elle d'une voix apaisante. Je n'aurais jamais pensé te trouver aussi mal en point, souffla-t-elle, affectée par la détresse de son amie d'enfance.

     

     

    Jade : J-Je… J'aurais voulu… que ce soit d-d-différent… marmonna-t-elle, d'une voix chevrotante.

     

     

    Alexia : … Moi aussi, Jade… moi aussi, soupira-t-elle, renforçant son étreinte.

     

     

    La jeune femme en larme rendit avec émotion ce câlin amical si important pour elle. Jade posa sa joue contre celle son amie, laissant ses pleurs se calmer peu à peu.

     

    Après un long moment passés ainsi, Jade se retira de cet échange, se sentant enfin prête à affronter cette histoire.

     

     

    Alexia : … Raconte-moi tout… Qu'est-ce qui t'a mise dans cet état… ? demanda-t-elle avec douceur pour qu'elle se confie.

     

     

    Jade : Et bien… C'était hier… je rentrais, et comme d'hab', mes parents étaient en train de se monter la tête parce que je n'ét-tais pas en-core r-rentrée… E-et…

     

     

    Elle s'interrompit, sentant ses larmes revenir au galop. Jade les essuya d'un revers de la main, reniflant beaucoup, et finit par reprendre tant bien que mal ses explications.

     

     

    Jade : … Et je… Enfin, mes parents déménagent…

     

     

    Alexia : … Tu l'as appris hier ? murmura-t-elle, attentive ; Jade hocha la tête en guise de réponse.

     

     

    Jade : … J'ai refusé… refusé de partir avec e-eux… Alors mon père m'a… m'a encore imposé ses choix… ! J'ai pris sa remarque au pied d-de la lettre, e-et je lui ai dit que j'i-irais vivre chez mon oncle. Il est fermier… poursuivit-elle, avant de respirer profondément pour parler plus clairement. …Et j'ai imposé une condition…

     

     

    Alexia : …Laquelle ?

     

     

    Jade : Qu'il arrête de contrôler ma vie, … voire qu'il m'oublie, complètement. Et je ne lui ai pas laissé le temps de répondre, avoua-t-elle, regardant par la fenêtre, prête à pleurer à nouveau à tout instant.

     

     

    Alexia : … Il est monté jusqu'ici, j'imagine, soupira-t-elle, cette histoire lui en rappelant tant d'expériences similaires qu'elle avait vécu avec son propre père.

     

     

    Jade : J'ai bloqué la porte… et quand il a réussi à entrer, il m'a… il m'a !

     

     

    Emportée par l'émotion bien trop intense et récente du souvenir qu'elle en avait, Jade fondit en larmes une fois de plus, sa crise du réveil la frappant à nouveau.

     

    Tout aussitôt que les pleurs revenaient, Alexia la ramena contre elle pour l'apaiser.

     

    Pendant des heures, elles restèrent ainsi à discuter, s'étreindre, partager leurs expériences négatives et les mettre en commun, pour avancer, relativiser, et objectiver ce qu'elles avaient vécu.

     

     

    Jade : … J'ai pris ma décision, affirma-t-elle, la mine sombre. Je pars, moi aussi. Mais pas avec eux, souffla-t-elle. J'étais sérieuse hier, j'irais chez mon oncle.

     

     

    Alexia : Tu y as bien réfléchi… ? demanda-t-elle, à la fois rassurée et attristée par la réponse approbative de sa meilleure amie. Tu vas tellement me manquer, poursuivit-elle en la prenant dans ses bras comme un adieu. …C'est loin d'ici… ?

     

     

    Jade : Un peu, oui. Au moins à trois heures de route… soupira-t-elle, alors que ses yeux laissèrent quelques larmes couler. J'essayerai de t'envoyer des lettres, ils n'ont pas de réseau là-bas… Et puis, tu pourras toujours venir me voir un de ces jours, pas vrai ? sourit la jeune femme timidement.

     

     

    Alexia : Pendant les vacances, oui… Je demanderai à ma mère de passer une semaine chez toi. Mais… Tu pars bientôt… ?

     

     

    Jade : Si je peux partir dans la semaine, alors j'irai… Le plus tôt sera le mieux comme on dit. La ville de Westown est petite, si tu passes là-bas, tu devrais normalement n'avoir aucun mal à trouver ton chemin en te baladant un peu…

     

     

    Alexia : … Je vois. Ça va me faire bizarre de me dire que… on ne se croisera plus, souffla-t-elle avec un petit rire triste.

     

     

    Jade : Moi aussi… ! Tu vas tellement me manquer… ! répondit-elle, en renforçant leur étreinte.

     

     

    Néanmoins, Alexia ne put pas rester trop longtemps, et reparti en milieu d'après-midi ; laissant une Jade encore maussade, mais apaisée et résolue derrière elle.

     

    La jeune femme n'avait pas faim, et aucunement l'envie de sortir de sa chambre. Elle avait trop peur de descendre dans le salon si c'était pour encore subir les foudres de son père.

     

     

    À la place, Jade feuilleta ses vieux carnets à croquis qui traînaient dans un tiroir qu'elle n'ouvrait jamais. En les sortant, une puissante vague de nostalgie la domina, mais elle tint bon et survolait les pages de ses anciens cahiers de cours ou de texte qu'elle avait customisé.

     

    Quand elle arriva au bout du dernier petit livre, elle savait au moins une chose. C'est la dernière fois que je vous vois, se dit-elle avec un brin de frustration dans la voix. Je ne peux pas vous garder, plus maintenant. Ils ne sont plus représentatifs de la vie que je veux, et tous ces souvenirs… Non, je ne peux pas.

     

    Jade empila les carnets les uns sur les autres, et les posa dans un coin de la pièce. Elle rangea ensuite son bureau, qu'elle n'avait plus cherché à nettoyer depuis qu'elle vivait tous les jours chez elle.

     

     

    Durant cette étape, la jeune femme retomba sur ses livres de cours, son trieur presque vide, et des photos d'enfance. L'une d'elle attira particulièrement son attention : elle, sous ses traits d'enfant de quatre ans, figurait avec Alexia, trois ans, sur l'image. Leur complicité radieuse illuminait la photo ; ce qui la touchait profondément. Je vais la garder, songea-t-elle dans sa contemplation.

     

    Elle plaça la petit format rectangulaire dans la poche arrière de son pantalon, et se saisit de ses livres. Je ferais mieux de descendre ça et demander à maman de les remettre à la fac… Je n'ai pas envie d'y remettre les pieds, pensa-t-elle un instant.

     

     

    Il devait être 17h quand elle mit enfin les pieds hors de sa chambre, pour descendre les 14 marches de l'escalier de sa maison avec peu d'entrain.

     

    Jade tendait l'oreille, s'inquiétant d'une éventuelle présence dans le salon. À sa grande surprise, ce n'était pas des éclats de voix qui lui parvinrent, mais les gémissements et sanglots de sa mère.

     

    Soucieuse, la jeune femme fit le moins de bruit possible, se doutant que Marlena aurait quelque chose à lui dire. Pour autant, Jade détestait la voir dans cet état.

     

    Trouvant le courage, elle avança dans le salon à pas feutrés.

     

     

    Jade : … Bonjour, maman…

     

     

    Marlena : J-Jade !! s'exclama-t-elle, surprise de découvrir sa présence alors qu'elle était dans un état si pitoyable. Enfin, tu n'as rien mangé aujourd'hui ! Et ces livres… ne me dis pas que tu as pris ta décision… soupira-t-elle les larmes aux yeux, redoutant la réponse de sa fille aînée.

     

     

    Jade : … Il faudra que vous les rendiez à la fac… Je n'en aurais plus besoin, affirma-t-elle la mine sombre, alors qu'elle posait les manuels sur la table. … Je suis désolée maman, mais c'est pour mon bien, et pour le vôtre… Si je reste, toi et Lynn aurez à subir nos conflits ridicules pendant encore bien longtemps… Je ne peux pas vous laisser endurer ça par ma faute. Je sais que c'est dur pour tout le monde, mais j'ai pris ma décision, oui

     

     

    Marlena : … Oh, Jade… souffla-t-elle en un murmure incertain. Pourquoi devons-nous toujours en arriver aux extrêmes… ? …Je suis sûre qu'il y a une autre solution, et-

     

     

    Jade : Tu ne cesseras donc jamais toi non plus ? demanda la jeune femme, désespérée. Je sais ce que je veux à présent, et je n'en démordrais pas. Alors ne gaspille pas ta salive à essayer de me suggérer des idées que je ne validerai pas, répliqua-t-elle, oscillant entre froideur et compassion face aux pleurs de sa mère. …Viens par là…

     

     

    Jade s'approcha avec douceur de Marlena, l'étreignant un instant tendrement. Ce petit geste, elle ne le faisait que très rarement, et c'était souvent sa mère qui voulait lui en donner, mais elle refusait toujours.

     

    La jeune femme n'avait plus assez d'estime pour l'amour de sa famille, qu'elle rejetait donc dès qu'on voulait le lui montrer. Un simple câlin suffisait pour qu'elle se rebique et fasse passer à la famille une mauvaise journée. Il est temps que tout ça change, songea-t-elle alors qu'elle relâcha sa mère.

     

     

    Jade : … Je partirais le plus tôt possible, je ne veux pas qu'une tension plus intense encore prenne le dessus sur l'ambiance déjà explosive qui perdure ici depuis trop longtemps. Mais… j'imagine que tu as des choses à me dire, n'est-ce pas… ?

     

     

    Jade prit place en face de Marlena, disposée à discuter sérieusement avec elle.

     

     

    Marlena : Oui, j'en ai des millions… ! …Mais je vais me contenter de l'essentiel, puisque ton père ne va pas tarder.

     

     

    Jade : Vas-y, je t'écoute…

     

     

    Marlena : … Le plus important, ma chérie, c'est que tu te plaises dans la voie que tu as choisi, souffla-t-elle en séchant ses larmes, la voix chevrotante. Même si ton père t'impose ses décisions, il est prêt à changer… Tu l'aurais vu hier…

     

     

    Jade : Hier… ? Tout ce que j'ai vu hier, c'est qu'il a osé lever la main sur moi… C'est un monstre tyrannique qui n'a plus ni l'âge, ni la maturité pour se remettre en question, lâcha-t-elle avec froideur en repensant aux événements de la veille. Je suis désolée, mais c'est la vérité.

     

     

    Marlena : … Il est parti ce matin pour rendre visite à ton oncle… pour toi.

     

     

    Stupéfaite, elle analysa à nouveau cette phrase qui lui semblait si incohérente dans sa tête. Depuis quand il fait des choses pour moi ? C'est sûrement un piège… Il a dû se rendre à Westown pour inciter Frank à refuser que je vienne, le convaincre que je suis incapable d'être une fermière, et que…

     

    Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit. Daryl venait à peine de rentrer qu'il soupira longuement, l'air sévère.

     

    Néanmoins, quand il aperçut Jade qui discutait paisiblement avec sa femme, un vague sourire remplaça sa frustration.

     

    La jeune femme n'en revenait pas de voir son père afficher une telle expression, et sentait la crainte monter en elle.

     

     

    Daryl : Bonsoir, chérie. Jade… commença-t-il par les saluer. Je ne sais pas si tu es au courant, mais je reviens de Westown.

     

     

    Jade le dévisageait, attendant avec incompréhension et appréhension la suite de son monologue.

     

     

    Daryl : Tu pars demain. Ton oncle est déjà en train de répandre la nouvelle dans toute la ville. J'espère que tu es contente… ! expliqua-t-il gentiment, pensant réussir à faire plaisir à sa fille.

     

     

    La jeune femme n'en revenait pas, et avait le sentiment qu'il lui cachait quelque chose, ou qu'il avait omis des détails.

     

     

    Jade : … Je ne suis pas sûre de bien saisir… souffla-t-elle, dubitative.

     

     

    Daryl : C'est pourtant simple, c'est bien ce que tu voulais, n'est-ce pas ? lui répondit-il, son sourire commençant à disparaître.

     

     

    Jade : … Oui, mais… C'est étrange… Hier, tu étais parfaitement contre cette idée, et aujourd'hui, tu reviens sur ta décision, marmonna-t-elle, lui lançant un regard perplexe. Tu as souvent tendance à dire tout et son contraire, mais…

     

     

    Blessé par cette dernière remarque, Daryl se sentait bouillir, mais essaya de se calmer tant qu'il le pouvait encore.

     

     

    Jade : Enfin… ça m'étonne de toi, papa. …Et à vrai dire, je me demande si… tu n'es pas heureux que je m'en aille, en fin de compte, soupira la fille aînée, en détournant les yeux tristement.

     

     

    Daryl : Qu'est-ce que tu racontes, enfin ! Jade ! Tu es ma fille, bien sûr que je ne veux pas que tu partes, mais c'est dans l'ordre des choses, plaida-t-il, sentant qu'il arrivait en terrain miné. J'aurais préféré que tu restes, mais tu as fait ton choix…

     

     

    Marlena : Enfin, Daryl ! Elle l'a fait hier suite à ta remarque ! Elle n'y a absolument pas réfléchi ! ajouta-t-elle hypocritement selon Jade, alors qu'elle lui avait souhaité de réussir quelques minutes auparavant.

     

     

    Daryl : Ne te mêle pas de ça, Marlena… C'est déjà bien assez compliqué de tenir une conversation normale avec elle sans tes commentaires, gronda-t-il sa femme. Je sais ce qu'elle a fait hier, j'étais là moi aussi.

     

    Jade : … Je n'aime pas beaucoup ce que j'entends, soupira-t-elle avec froideur alors qu'elle ferma les yeux en sentant le ton monter. … Mais pour en revenir aux faits, c'est vrai que j'ai décidé sous le coup de la colère, mais je ne pouvais être plus sérieuse, affirma-t-elle en posant ses yeux bruns dans les iris bleues de son paternel.

     

     

    Daryl : … Je sais bien, Jade, marmonna son père en repensa à la culpabilité d'avoir osé la violenter pour des mots qu'il pensait tout d'abord irréfléchis. …Je vois que tu as descendu tes manuels… tu as commencé à t'organiser… ?

     

     

    Jade : Effectivement, j'ai commencé, répondit-elle en retrouvant un peu de douceur dans sa voix.

     

     

    C'est à ce moment-là que sa sœur entra dans le salon en furie, écoutant la conversation depuis l'entrée depuis tout à l'heure.

     

     

    Lynn : Nooon !!! Jaaade ! Tu peux pas partir ! chouina-t-elle. Je veux pas que tu partes !!

     

     

    Voyant la petit fille foncer vers elle pour la prendre dans ses bras, Jade se leva immédiatement et fit un pas de côté.

     

     

    Jade : Je te l'ai déjà dit hier, Lynn ! Et ne t'approche pas, s'il te plaît.

     

     

    Lynn : M-Mais… Pourquoi tu m'aimes pas ?? pleurnicha le fillette de neuf ans, dévisagea la jeune femme avec un air de chiot abandonné.

     

     

    Jade : … Je n'aime pas ton insistance et ton immaturité, Lynn, mais je ne peux pas te le reprocher, tu es encore trop jeune, soupira la jeune femme froidement.

     

     

    Lynn : Mamaaan, Jade elle est méchaaante avec moooiii… !! rétorqua-t-elle, fuyant dans les jupons de sa mère.

     

     

    Daryl : Tu peux arrêter d'être associable deux minutes, Jade ?! réprimanda son père avec hargne.

     

     

    Jade : Si nous n'étions que deux à intervenir, je le serais probablement bien plus, répondit-elle avec rancœur, se sentant une fois de plus accusée sur un point qui n'avait pas sa place ici. Et puis, qu'est-ce que ça peut bien changer ?! D'accord, tu es allé voir Frank, je pars demain, super ! Bonne nouvelle ! J'en ai marre de ces conflits, à chaque fois tu me reproches quelque chose !! Vivement demain !!! s'exclama la jeune femme, se laissant emporter par sa colère.

     

     

    Daryl : Je t'interdis de partir d'ici tant que tu n'as pas mangé une dernière fois avec nous ! Jade !! Jade !!! s'égosilla son père en la voyant partir comme une furie vers sa chambre, en emportant sa veste noire et son sac avec elle en passant.

     

     

    Jade : Je n'ai pas faim, de toute façon !! Foutez-moi la paix et passez une bonne soirée tous les trois !! J'ai des choses à faire, pour une fois !! répondit-elle en haussant la voix alors qu'elle claqua violemment la porte de sa chambre.

     

     

    Daryl : Bon sang… On arrivera à rien dans ces conditions, soupira-t-il en se rendant à l'évidence. … Elle a besoin d'air… Oui, elle a fait le bon choix.

     

     

    Marlena : Comment tu peux dire ça ?! C'est notre fille ! Je refuse de la voir si loin, si c'est seulement sur un coup de tête ! Enfin, Daryl, rends-toi bien compte ! argumenta-t-elle tant bien que mal.

     

     

    Daryl : Il suffit !! Le débat est clos, elle partira demain. À présent, si vous me le permettez, j'ai besoin d'air moi aussi ! répliqua-t-il avant de sortir de la maison, sur les nerfs.

     

     

    Lynn : … Et beh, qu'elle soirée… souffla la fillette, perdue face à la scène qu'elle venait d'assister.

     

     

    Jade, de son côté, tria ses affaires, choisissant minutieusement ce qu'elle emporterait là-bas. Elle glissa la petite photo dans une poche de sa sacoche, en y rangea son portable et un peu d'argent – à peine plus 450 euros, qu'elle avait accumulée avec les anniversaires et fêtes de noël de ces cinq dernières années. C'était bien peu, elle le savait, mais c'était tout ce qu'elle avait.

     

     

    Ensuite, elle ajouta à sa valise le seul livre qu'elle aimait bien. Un certain ouvrage qu'elle avait découvert dans la librairie de sa ville ; Luctus, écrit par une jeune écrivaine, Elincya de son pseudonyme.

     

    C'était une histoire qu'elle ne se lassait jamais de lire encore et encore, imaginant les personnages attachants du récit dans des scènes loufoques et délirantes à chaque fois que l'intrigue lui inspirait.

     

    Jade avait dessiné quelques parodies de cette histoire dans son carnet, tellement ce livre lui tenait à cœur, et c'était bien le seul qu'elle avait envie d'emmener.

     

    C'était parce qu'elle trouvait les protagonistes principaux touchants et que leurs malheurs lui rappelait les siens qu'elle y accordait autant d'importance.

     

    Cet ouvrage était pour elle comme un guide, un support sur lequel fonder l'espoir d'une vie meilleure par ce nouveau départ

     

     

    Quand elle pensa ses valises faîtes, Jade alla se laver les cheveux, puis rejoignit son lit. Sa nuit était tourmentée de cauchemars et d'insomnies. Elle avait pris l'habitude de ne dormir que très peu, mais les rêves qu'elle faisait n'avaient jamais été aussi traumatisants.

     

    Elle se réveillait plusieurs fois en sursaut, incapable de se rendormir avant plusieurs heures. La jeune femme perturbée passa ces longues minutes dans le noir, attendant patiemment que le sommeil la reprenne, jusqu'à matin.

     

    Vers 5h, elle abandonna l'idée et descendit ses valises dans l'entrée, après avoir enfilé un t-shirt bordeaux qui traînait sur son bureau.

     

    Passant ensuite par le salon, elle remarqua sur la table des vêtements beiges pliés, ainsi qu'un chapeau de paille surmonté d'un nœud bleu ciel.

     

    Intriguée, elle s'approcha pour y découvrir un petit mot : « Ta tenue de fermière, pour ton futur métier :) Daryl »

     

     

    Jade soupira, à la fois offusquée par la tenue, et touchée par l'attention. Ils le savent, pourtant, que je ne mettrais jamais ce truc… songea-t-elle, en fronçant les sourcils. M'enfin, autant l'essayer…

     

     

    Se sachant pertinemment seule à une heure si matinale, Jade se changea rapidement. Puis, elle se rendit devant un miroir pour constater son état. Mh… Peut-être si je retire mes accessoires, j'aurais moi l'air d'une idiote… soupira-t-elle, en enlevant tour à tour ses lunettes, son bracelet et son collier d'aigle. Moui, c'est déjà mieux mais… Peut-être si je natte mes cheveux… ? Erk… je sens que je vais me haïr après ça, se plaignit-elle en imaginant déjà la désagréable sensation d'avoir ses cheveux attachés.

     

     

    Jade retira le chapeau de paille, enfila les bottes western qui allaient avec la tenue, mis la lanière sur son épaule droite de façon à ce que son sac pende sur sa hanche du côté gauche, y plaça les accessoires qu'elle venait d'enlever, puis trouva deux élastiques dans la petite salle de bain du bas.

     

    Pendant presque vingt minutes, Jade peigna et tressa ses cheveux blonds et propres. Puis, elle revint dans le salon pour s'équiper du chapeau de paille, et se regarda à nouveau dans le miroir.

     

     

    Jade : … Wow… C'est pas moi, ça, si… ? constata-t-elle, ne se reconnaissant qu'à peine.

     

     

    Daryl : Je savais que ça t'irait.

     

     

    Jade : … ! Papa… je…

     

     

    Daryl : Dur de dormir, tu ne trouves pas… ? souffla-t-il, un sourire maussade aux lèvres et les yeux fatigués.

     

     

    Jade : … Tu as l'air d'avoir fait une nuit blanche… Tu te sens bien ? s'inquiéta-t-elle, malgré la réserve de son esprit méfiant.

     

    Daryl : Tu es toujours aussi perspicace, à ce que je vois, marmonna faiblement son paternel.

     

     

    Jade : … On part vers quelle heure… ? Enfin, je pars. J'imagine que tu ne viens pas, se reprit-elle en le jaugeant attentivement.

     

     

    Daryl : Non, je ne viens pas… Un taxi arrivera vers 6h, il te fera descendre un peu avant les grands massifs, et tu devras poursuivre ta route en calèche, affirma-t-il, un peu inquiet.

     

     

    Jade : En calèche ? répéta-t-elle, surprise et déçue à la fois. C'est triste, j'ai un galop II, et je peux même pas y aller toute seule à cheval… marmonna-t-elle en plaisantant.

     

     

    Daryl comprit la boutade, ce qui lui rendit un sourire plus rassurant.

     

     

    Daryl : Ne t'en fais pas, tu pourras avoir ton cheval là-bas, vu que tu passeras tes journées à t'occuper de tes champs et de tes animaux. Mais il ne faut pas que tu te surmène, Jade. Le métier de fermier est rude, et ce n'est pas en restant une feignasse que tu vas réussir.

     

     

    Jade soupira, exaspérée. Sympa, comme d'habitude… Je sais qu'il m'en croit incapable, mais je sais comment me débrouiller avec les animaux. Et pour les plantes, il suffit de leur apporter l'eau et le soleil nécessaire à leur bien-être… rien de bien compliqué en soi, songea-t-elle.

     

    Dans la rue devant la maison, une voiture s'arrêta. Le chauffeur sonna à l'interphone. Daryl répondit, affirmant que sa fille arrivait dans quelques instants.

     

     

    Daryl : Je sais que Marlena et Lynn vont m'en vouloir que tu ne leur ais pas dit au revoir, mais je préfère ça plutôt que de te stresser avant ton départ, dit-il simplement. Je te souhaite bon voyage, Jade.

     

     

    Jade : … Adieu.

     

     

    La jeune femme sortit dans le jardin sans se retourner, avançant avec sa valise à roulette vers le taxi qui l'attendait.

     

    L'inconnu la salua, prit soin de charger ses bagages, puis ils se mirent en route pour plusieurs heures.

     

    Déjà épuisée à cause de sa nuit chaotique, Jade se laissa bercer par le paysage qui défilait jusqu'à s'endormir pour le restant de cette partie du voyage.

     


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    Prologue : Un incident tragique

     

    Je suis une orpheline qui a dû apprendre à vivre par elle-même dans un monde sauvage. Mon village a été détruit par un monstre par un gigantesque monstre blanc. Je ne me souviens plus de mon nom, cela fait si longtemps que je n'ai plus personne à qui parler...

    A l'époque, je ne savais pas de quelle bête il s'agissait, et cela reste encore un mystère pour moi mais j'ai été à la fois charmée par sa beauté et horrifiée de sa puissance. Il avait détruit mon village, mes amis, ma famille en une minute à peine... Si je n'en avais pas fait qu'à ma tête ce jour-là, je n'aurais pas survécu moi non-plus, à ce dragon blanc.

     

    J'ai toujours eu cette attirance étrange pour la vie sauvage. Les monstres, les rumeurs que j'entendais d'eux et la peur qu'ils inspiraient à mes ainés m'ont empli de curiosité. Et cette curiosité, c'est ce qui m'a sauvé ce jour-là.

    D'après les rumeurs qui circulaient, un Rathalos d'une étrange couleur bleue cyan s'était aventuré aux alentours du village. Tout le monde s'était cloitré dans le village en conséquence par mesure de sécurité, mais je voulais voir à quoi ressemblait la créature.

    Ce Rathalos, je n'eus l'occasion de l'observer que quand il volait dans les cieux tandis que la pâleur des nuages m'éblouissait.

    Puis, l'être azur a commencé à fuir rapidement... Je me demandais pourquoi, bien sûr, mais quand j'ai vu une ombre blanche fondre dans des cieux qui s'assombrirent d'un seul coup dans son sillage, et quand j'entendis ce râle qui, si aujourd'hui je l'entendais de nouveau, je le reconnaîtrais entre tous, j'ai su que le sort du village était scellé.

     

    S'en suivit alors pour moi un long moment d'errance dans les contrées d'Erkam.
    La forêt, le fleuve qui coule en son sein, les plateaux et falaises alentours offraient tout un univers à découvrir. Un univers duquel j'avais si longtemps été préservée.

    Les monstres et les ressources s'y trouvaient par centaines. Et c'est à cette période que je pris goût pour la vie des espèces qui y vivaient. J'avais toujours sur moi un petit carnet dans lequel j'ai commencé à noter toutes mes observations et astuces, au point de les connaître tellement que je n'avais même plus besoin d'y jeter un œil.

    J'avais 15 ans quand j'ai dû me débrouiller par mes propres moyens sans possibilité de trouver de réconfort nulle part. J'ai appris l'art des combinaisons d'objets, et par la même occasion, l'art de la chasse, tout en entretenant mon langage écrit, ce précieux langage qui pouvait disparaître par manque d'interactions sociales.

    Au début, je n'avais que mes poings, mes pieds et des cailloux trouvés sur ma route pour chasser. Mes premières proies furent donc de petits animaux, tels que les Kelbi par exemple. À force d'exercice, je gagnais rapidement en endurance, même si dans mes débuts, l'épuisement se faisait sentir rapidement.

     

    J'ai appris à simplement les surprendre et les assommer sans les tuer pour mes besoins les plus basiques. Et sur ces bêtes, à l'aide d'une petite lame de couteau que j'avais repris des vestiges de chez moi, je récupérais peau, viande ou corne de l'animal.

    En parallèle, je ramassais tout ce que je pouvais prendre dans mes bras pour me faire un abri de fortune. J'avais établi mon coin près d'un grand arbre couvert de lianes. À l'endroit où son tronc se scindait en branches se trouvait un espace suffisamment large pour que je m'y installe.

    Ainsi, avec les ressources que je trouvais, je fis une structure en os ramassés près de nid de monstres abandonnés non loin de là, que j'avais solidifiés et rattachés entre eux avec du lierre et de la peau de Kelbi séchée préalablement au soleil.

    J'ai eus énormément de chance de ne pas avoir rencontré de prédateur pendant cette phase transitoire, car je n'aurais jamais pris le coup de la vie sauvage autrement.

    Mais la nuit, le danger rôdait dans la forêt, et je ne me sentais jamais vraiment en sécurité. Des monstres puissants passaient au pied de mon abri, et je pouvais les admirer à loisir sous réserve de ne pas attirer leur attention. De quoi faire quelques dessins d'observations de ces monstres majestueux.

    Je refusais simplement de tenter de les approcher de plus près car ils avaient l'air en quête de nourriture, et j'aurais été une cible facile pour tous les grands prédateurs que je reconnus. Parmi eux se trouvaient des wroggis et leurs chef, ainsi qu'un Tigrex teigneux, une Nargacuga furtive, et d'autres encore que je ne connaissais que d'apparence.

     

    Vivant ainsi à un rythme devenu une sorte de routine, je me risquais à commencer à explorer davantage les environs, mais le village le plus proche était à plusieurs dizaines de kilomètres de là, et le rejoindre à pied rimait avec une très longue et éprouvante expédition.

    En prévision de ce voyage, je fis en sorte de récupérer les matériaux nécessaires pour me fabriquer une armure sommaire de bois et de peau de Kelbi, ainsi qu'une sacoche en peau, une sorte de corde de lianes qui risquait de me servir au cas où je devais tenter des phases d'escalade et un frêle bouclier de bois.

    Je m'étais également essayée à la fabrication d'un arc, mais celui-ci était trop fragile pour faire de gros dégâts. Je me dis donc que je ne l'utiliserai que pour des cibles volantes, moins résistantes que celles au sol.

    Bien sûr, rien n'était de très bonne qualité, et ce voyage dans l'infortune ne pouvait qu'être difficilement mieux préparé dans de telles conditions.

    Quelques longs mois étaient passés depuis la destruction du village par ce monstre blanc gigantesque. Ce monstre intrigant, en y repensant, avait des airs mystiques. Je savais qu'un jour, je serai amenée à le recroiser... Je choisis donc de lui donner un nom : Kalys.

    Ce fut le premier nom qui me vint en tête pour le nommer. Kalys, le dragon blanc qui a détruit mon village... En réfléchissant à tout ça, et à mon départ prochain, je pris le temps de me rendre une dernière fois dans les ruines d'abord pour prier, puis pour jeter un dernier coup d'œil à l'endroit. Après tout, il se pouvait que la dernière fois, j'ai laissé quelques objets utiles et en bon état dans les décombres.

    Une petite demi-heure de marche sur une route que je ne connais que trop bien maintenant me permis de me rendre sur le lieu de mes prières. Je m'aventurai régulièrement dans les environs car le village était anciennement construit non loin du fleuve, mais je n'avais pas osé y remettre les pieds depuis si longtemps...

    Je ravalais mon angoisse pour retourner sur ce lieu, puis je choisis de m'arrêter devant ce qui devait être chez-moi avant l'incident. Je m'agenouillais donc puis pris le temps de me recueillir. Je priais pour que les âmes de tous ceux que je connaissais soient en paix, mais aussi pour qu'ils veillent sur moi lors de mon voyage pour rejoindre un endroit plus civilisé que ces terres sauvages.

    Une fois ma prière achevée, je me levais avec respect et contemplais une dernière fois les lieux avec attention et nostalgie. En tournant sur moi-même lentement, je détaillais chaque élément en repensant à son allure d'antan.

     

    Le village de Maihyl, dans les contrées d'Erkam était un village très modeste, isolé de toute autre civilisation par la faune sauvage qui la coupait du reste du monde. Nous n'avions jamais eu le moindre visiteur étranger, tandis que nous nous rendions parfois dans d'autres villages à des jours de marche de là pour y échanger les produits les plus utiles et réputés de nos régions.

    J'ai souvenir que notre village a toujours été en de bons termes avec les autres, même si personne n'avait jamais osé se confronter aux dangers de la forêt et des plateaux d'Erkam pour nous rendre visite.

    Notre village se débrouillait donc avec les ressources naturelles du coin. Nous ne repoussions jamais les monstres sauvages, vu qu'ils venaient par ici pour s'abreuver, mais aucun d'eux ne nous avait jamais vraiment attaqué depuis des décennies, malgré la crainte qu'ils nous inspiraient.

    Les maisons étaient faites de structures de bois ou d'os, et les charpentes et les murs étaient principalement composés de bois là encore, et de peau. Le troc était monnaie courante, et chacun organisait ses plans selon les ressources qu'ils s'échangeaient les uns les autres. Mais malgré ça, les expéditions inter-villages nous étaient tout de même nécessaires.

    En effet, nous n'avons pas assez de diversité d'ingrédients ici pour avoir une alimentation équilibrée. Les céréales et les légumes que nous faisions pousser venaient des graines que nous leur avions achetés. Hélas, depuis le carnage, seuls de rares plans de tomates ou de blé ont réussi à repousser parmi les décombres, mais rien de suffisant... même pour une consommation individuelle.

     

    En fouillant près des anciens champs, je trouvais des morceaux de pots de terre cuite et d'argile peintes brisés. Et non loin de là, un objet scintillant attira mon attention. Tout le métal du village avait été importés d'autres endroits, souvent difficiles d'accès depuis les failles des plateaux.

    Cet objet scintillant, c'était un pendentif. La pierre saphir était cernée d'une sorte d'anneaux d'acier gravé de symboles. Je me demandais de quoi il pouvait bien s'agir, mais je choisis de pendre l'objet et de l'enfiler au bout d'une corde de lierre afin de m'en faire un collier. Peut-être me portera-t-il chance ?

    J'avais beau balader mes yeux dans tous les recoins, je ne vis rien de plus qui pouvait m'être utile d'une quelconque manière, et je choisis de retourner à mon abri. Le soleil déclinait déjà, et le lendemain allait devenir ma première véritable expérience dangereuse dans la terre d'Erkam.

    La nuit s'annonçait difficile, face à mon angoisse croissante... Comment tout ceci allait-il bien pouvoir se finir ? Pour me calmer avant que la nuit ne tombe complètement sur la forêt, je choisis de relire mes notes sur tout ce que j'avais appris depuis le début de mon séjour forcé ici en espérant pouvoir trouver le sommeil.

     


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